Dinah Windfield Visiteuse

Inscrit le : 07 Sep 2005 Messages : 98 : Modo
| Sujet: Re: La Cuisine Jeu 3 Nov - 19:39 | |
| Dinah ne réalisa qu'elle était seule dans la pièce, que lorsque la porte retomba derrière Logan.
Encore un peu étonnée, elle regarda autour d'elle, se demandant vaguement ce qui s'était passé pour qu'une pièce encore comble quelques secondes auparavant se soit brutalement vidée...
Elle se sentit bizarrement déboussolée. Elle tourna lentement sur elle-même, laissant son regard se poser sur chacun des objets de la cuisine, comme pour chercher à comprendre où elle était, ce qu'elle faisait et ce qui se passait.
Mais les objets semblaient tout faire pour ne pas l'aider. Ils restaient immobiles, calme, silencieux. Même son sac et son ombrelle, qu'elle avait posés auparavant sur une chaise, semblaient s'être détachés d'elle pour se reposer, hors d'atteinte, sans un bruit. A peine s'ils tremblotaient légèrement sous la caresse du soleil. Les rayons chaud du soleil dessinaient sur le sol les petits carrés de la fenêtre et de la porte, comme autant de figures géométriques douces mais immuables. A leur immobilité répondait le lent ballet de la multitude des particules de poussière rendues visibles par le soleil et qui évoluaient en scintillant dans l'espace. Toutes les choses semblaient se laisser aller à la caresse de la lumière, s'étirant, ronronnant sans émettre un bruit. C'est à peine si on entendait le battement sourd d'une vieille pendule, et près de la fenêtre, une idiote de mouche qui ne faisait que rebondir contre la vitre en tentant de sortir, et émettait un vague bourdonnement désespéré.
Dinah sentit brusquement quelque chose de très désagréable en elle. Quelque chose comme de la panique. Ou de l'abattement. Ou un peu des deux. Quelque chose qui faisait qu'elle ne se sentait plus elle-même.
La cuisine semblait chaude, tendre, accueillante, mais en même temps si... vide, figée. Le balancier de la pendule oscillait toujours, mais c'était comme si le temps avait été suspendu.
Un tableau. Une esquisse. Un souvenir. La cuisine semblait un souvenir heureux que le temps aurait décidé de préserver pour toujours. Comme si tout ce qui était là avait toujours été là et serait toujours là. Immuable et pour les siècles des siècles. Comme si l'éternité avait été accordée à un instant.
Dinah fit deux pas, mais le bruit des talons de ses bottines sur le carrelage semblait de trop. Perturbée, elle s'arrêta. Elle ne savait plus que faire, ni comment le faire, ni si elle avait quelque chose à faire...
L'éternité était prête à continuer. Il lui fallait une bouée de secours.
"Faire le point. Il faut faire le point."
Dinah prononça ces mots à haute voix et les laissa faire voler en éclat l'immuabilité du lieu. Dinah sourit et reprit de l'assurance. D'un air décidé, elle prit un verre dans le placard que n'avait pas encore refermé Logan, puis se dirigea sur la desserte d'où il avait pris la bouteille de vin. Accroupie devant, elle ne fut pas longue avant d'attraper une autre bouteille. Elle se releva et lu l'étiquette.
"Talisker. Single Malt. Parfait..."
Elle se servit un petit verre de whisky et replaça la bouteille. Elle regarda son verre, le sentit, trempa ses lèvres dedans et le vida d'un trait. L'alcool était brûlant, râpeux, légèrement iodé. Dinah grimaça.
"Papa avait raison..."
Dinah regarda de nouveau son verre, vide cette fois, et sourit.
"Bien. Passons aux choses sérieuses..."
Elle aimait tester de sa voix la réalité de son existence qui semblait si vacillante dans ce lieu. Elle ôta soigneusement ses gants, rinça son verre avant de le ranger.
"Faire le point…"
Faire le point... Elle était donc sans doute bien chez Madame Cocksure, mais cette dernière était sans doute absente. Chose étrange, elle semblait entourée de personnes peu compétentes. Peut-être que c'était pour ça qu'elle lui avait demandé de venir ? Peut-être qu'elle se trouvait être la seule femme capable dans cette maison et qu'elle avait besoin de conseil, de soutient ?
Dinah haussa les épaules en s'essuyant les mains et en remettant ses gants. Peu importait, elle le saurait en temps utile. Pour l'instant, la chose la plus importante était de prendre les choses en main. Puisque personne ne semblait capable d'accueillir une invitée convenablement (non qu'elle les blâma encore une fois, à force d'habiter dans des coins absolument reculés, les gens devaient perdre un certain sens des bonnes manières...) il fallait bien qu'elle s'en charge elle-même. Elle se devait donc de ne déranger personne d'autre, et de se trouver elle-même une chambre.
Dinah attrapa fermement son sac et son ombrelle, jeta un dernier coup d'œil à la cuisine et partit, décidée, à l'assaut des étages.
[chambre d'Owen] _________________
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