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Coleen Chattan-Warington Héritière

Age : 26 Inscrit le : 28 Juin 2005 Messages : 305 : Admin
| Sujet: Re: L'Allée Mer 10 Aoû - 12:24 | |
| Coleen détacha un instant son regard du visiteur pour le poser sur Belig qui venait d'arriver à ses côtés. Elle vit ses joues s'empourprer mais ne fit aucune remarque, se contentant de reposer son regard froid sur Duncan, avec quelques degrés celsius en moins que précédemment. Si cet homme commençait à mettre en émoi Belig, Coleen allait rapidement changer d'avis en ce qui concernait son indifférence envers les visiteurs. Son rire cristallin l'apaisa un peu intérieurement mais Coleen continua de fixer l'étranger.
Son air semblait doux et inoffensif, mais elle se méfiait. Elle observa son regard se poser un instant sur Lain. Il ne laissait transparaître aucun sentiment, mais Coleen se méfiait encore.
L'homme se mit alors à rire, imitant Belig. Etait-ce pour la séduire en l'imitant ou était-il simplement idiot ? Pire... peut-être se moquait-il d'elle. Coleen plissa les paupières sans lâcher l'inconnu de son regard perçant, le violet brillant encadré par de longs cils de jais.
Il s'avança alors vers Belig pour se présenter sans tenir cas pour l'instant de l'adolescente qui se trouvait à côté d'elle. Coleen écouta sans bouger. Ainsi, il était précepteur. La jeune fille haussa un sourcil en se souvenant de comment avait terminé son précédent précepteur. Duncan ne termina pas sa phrase et Coleen en profita pour demander d'un ton sec, cassant l'ambiance veloutée qu'avait installé l'homme par ses paroles.
"Vous quoi ?! Cessez donc les mystères monsieur McKinnon." _________________
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|  | | Lain Chattan Résident

Inscrit le : 28 Juin 2005 Messages : 129 : Admin
| Sujet: Re: L'Allée Mer 10 Aoû - 13:35 | |
| Lain regarda Belig s'avancer vers l'inconnu, et son expression se rembrunit encore à la vue des minauderies de la jeune femme. Ses paupières masquèrent lentement ses yeux allongés tandis que, témoin du trouble qu'elle tentait de lui dissimuler, il perçu la muette promesse qui se voulait rassurante.
Une petite moue désapprobatrice et légérement méprisante plissa ses lévres et il détourna tout à fait la tête quand le rire insouciant de la jeune femme explosa en éclats de cristal. Belig était belle, trop sûrement pour que le visiteur n'en soit pas saisi et le ton velouté avec lequel il lui répondit conforta Lain dans ses pensées.
Les femmes étaient ainsi qui ne savaient résister à l'impression qu'elles faisaient sur les hommes, il le savait pour l'avoir souvent observé. Mais Belig était différente, elle se devait de l'être. Et le lui devait également.
Puis, l'homme se présenta et Lain, qui s'était repris tout à fait releva sa condition sociale. Un précepteur, vraiment. Se pourrait-il que sa présence, à défaut d'être agréable et désirée, soit au moins utile ? Il avait conscience de n'être pas le maître d'étude qu'il fallait à Coleen et il étudia plus attentivement la physionomie de l'étranger.
Il était de bonne figure bien que rien ne parvenait à éloigner le sentiment de méfiance que Lain ressentait à son encontre. Puisque Belig semblait souhaiter désormais la présence de visiteurs, il lui fallait passer par dessus ses propres instincts de conservation et faire bonne figure. Où du moins le laisser paraître même s'il était évident que personne n'en serait dupe. Lain s'approcha à son tour de l'inconnu et le salua, tenant toujours ostentatoirement ses mains dans son dos, refusant tout contact.
"Veuillez excuser notre accueil un peu distant et l'insolence de l'enfant, Monsieur McKinnon, mais nous n'attendions pas de visite et votre arrivée imprévue nous a surpris alors que nous devisions d'affaires privées."
Mettre tout de suite les choses au clair, lui faire comprendre sans embages qu'il n'était pas le bienvenu tout en restant correct. Un sourire froid étira lentement les lèvres pâles du jeune homme. Il baissa les yeux vers l'enfant et posa sa main fine sur la tête brune.
"Vous devriez faire quelques pas dans le jardin, Coleen, et profiter de la douceur de ce début d'après-midi. Belig se fera trés certainement une joie de vous accompagner."
Le ton n'admettait pas de réplique et le regard sévère qui se posa sur le visage de la jeune femme ordonnait plus qu'il ne demandait un quelconque acquiescement. Puis, il se tourna à nouveau vers l'homme brun et sa voix se fit à peine plus affable.
"Ainsi Monsieur, vous étes précepteur, ceci est une chose tout à fait intéressante. Mais marchons voulez vous et vous m'exposerez la raison de votre venue sur nos terres."
Quelque chose changea fugitivement dans son expression et son attention se tourna à nouveau vers la rivière. Il serra les dents et ses yeux agrandis cherchèrent le regard de sous-bois de sa soeur.
*Il y a quelqu'un d'autre* _________________
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|  | | Belig Chattan Résidente

Inscrit le : 28 Juin 2005 Messages : 82 : Modo
| Sujet: Re: L'Allée Jeu 11 Aoû - 20:18 | |
| Belig resta interdite devant la réaction du jeune homme. Sous sa robe, à l’abri des regards, elle frotta ses pieds nus l’un contre l’autre afin d’estomper une démangeaison soudaine.
« Lain… Belig Chattan, embarrassée de faire votre connaissance. », dit-elle en faisant décoller littéralement ses boucles de ses épaules, comme si le feu de ses cheveux avait commencé à la brûler.
C’est à ce moment que Belig tomba dans le coma. Rien que personne ne puisse voir, une torpeur aussi peu formelle que sa victime. Juste un décrochage, tels que Belig en connaissait dans les instants de mélancolie. Elle verrouilla son attention sur l’horizon pour voir se détacher un nuage plus sombre dans ce ciel de printemps. Elle déglutit des lames de rasoir et son regard se troubla tout à coup. Puis elle plongea sa main dans sa poche. Lorsqu'elle sentit crisser le sel entre ses phalanges, elle revint à elle à la manière du claquement de doigts de l’hypnotiseur.
Belig ne trouva rien à répartir à la rigidité de son frère. Elle alla glisser sa main dans le velours de celle de Coleen.
« Que dirais-tu d’une collation mon ange ? Le sucre d’une pomme te conviendrait-il ? », indiquant le jardin en ouvrant son bras.
Un regard furtif vers le précepteur lança son cœur contre ses côtes une dernière fois. Puis elle baissa les yeux en passant devant Lain, honteuse de sa joie, honteuse d’avoir été traîtresse et égoïste.
Des pétales flétris aux fleurs étêtées, le bouquet gisait au loin avec le banc pour dernière demeure.
[Jardin - Grande Allée] _________________

Dernière édition par le Sam 13 Aoû - 2:50, édité 1 fois |
|  | | Duncan M Invité
| Sujet: Re: L'Allée Ven 12 Aoû - 21:21 | |
| Duncan était habitué aux enfants difficiles, pour avoir connu le pire d’entre tous. C’est pourquoi il ne se laissa pas impressionner par l’ordre que lui avait clairement donné la fillette. Il se contenta de lui sourire sans un mot de plus. Entrer dans leur jeu était déconseillé, puisque, face à de tels adversaires, la défaite était assurée. Il était un jeune homme patient, certains disaient qu’il l’était beaucoup trop pour son âge. En effet, il savait quand le silence était préférable aux paroles en l’air tout comme il n’agissait jamais sous le coup de l’impulsion, optant pour une retraite momentanée.
L’homme aux cheveux pâles s’avança enfin. Le précepteur remarqua la manière dont celui-ci gardait ses mains dans son dos, faisant un pied de nez aux conventions britanniques qui favorisait la poignée de mains entre hommes. Un autre excentrique. Sûrement l’un de ces aristocrates aimant à s’isoler dans leur cage dorée, choisissant soigneusement leur compagnie et possédant de petites manies propres à ceux qui se croient sortis tout droit de la cuisse de Jupiter. Ces déductions hâtives réussissaient à expliquer la réaction de l’homme à l’arrivée de Duncan dans la roseraie.
Le jeune instructeur conserva son expression obligée, bien que le discours qu’on lui servait indiquait clairement qu’il n’était pas le moins du monde la bienvenue dans la propriété. Même si tout cela avait été dit avec la plus gracieuse politesse, on ne pouvait s’y méprendre : Duncan était un intrus que les règles de bienséance empêchaient d’être jeté dehors, mais qui permettaient tout de même qu’on le prévienne que son irruption était des plus inopportunes.
Duncan put ensuite remarquer la manière dont l’homme semblait diriger la maisonnée. Encore une fois, malgré la distinction qu’on dénotait dans ses paroles, il n’y avait aucune place à la réplique. Il écartait sans ménagement les deux femmes avec la même subtilité qu’il avait employé pour faire comprendre au pédagogue que sa venue était importune. On ne pouvait pourtant qu’admirer la finesse de son jeu : sa main posée sur la tête de la fillette semblait toute protectrice et affectueuse, mais son regard dur en disait long sur celui qui avait la régence de la famille.
La belle jeune femme se présenta alors d’une manière assez cocasses. Elle était tout simplement charmante. Duncan lui sourit et répondit aimablement :
« Nul besoin d’être embarrassée, Miss. Tout le plaisir fut pour moi. »
Il s’inclina de nouveau et, lorsqu’il se releva, constata que son interlocutrice semblait s’être perdue dans un autre monde. Cela ne dura que quelques instants, mais assez longtemps pour que son absence soudaine n’échappe aux regards. Elle prit ensuite la fillette par la main pour l’emmener plus loin, dans la direction des jardins. Duncan la suivit des yeux et put ainsi surprendre le regard qu’elle lança dans sa direction. Il n’y répondit rien, comme si, par instinct, il se doutait qu’en faisant le contraire, il attirerait le courroux de ce Lain sur lui-même comme sur la sublime Belig Chattan.
Une fois seul avec Lain, Duncan prit la parole, de cette même voix de velours employée un peu plus tôt. Il redoutait son entretien en tête-à-tête avec l’homme, comme s’il s’attendait à ce que celui-ci lui révèle ses pires secrets. C’était une impression étrange et fort désagréable que la présence de Belig avait atténué, mais qui revenait à présent de plein fouet le frapper maintenant qu’il se trouvait devant lui, sans personne pour détourner son attention.
« En effet, Monsieur, je suis précepteur et je suis honoré de savoir que cette profession puisse vous être d’un quelconque intérêt. Quant à ma venue ici… Je vous présente à nouveau toutes mes excuses. Je suis venu dans cette région à la recherche de travail. J’ai vu votre demeure du village un peu plus bas et, la curiosité est un vilain défaut, je n’ai pu m’empêcher de m’y aventurer. »
Duncan se tut et baissa légèrement la tête. On aurait dit un enfant qui vient de commettre une bêtise et qui s’attend à être sévèrement réprimandé. Cette pose seyait bien à son visage doux et triste, mais était-elle calculée pour que Lain ne se méfie plus de lui? |
|  | | Coleen Chattan-Warington Héritière

Age : 26 Inscrit le : 28 Juin 2005 Messages : 305 : Admin
| Sujet: Re: L'Allée Ven 12 Aoû - 22:11 | |
| Coleen fut déçue de la réaction de Duncan face à sa remarque. Au lieu de répliquer ou tout simplement d'expliquer la fin de sa phrase qu'il n'avait pas terminée, il souriait bêtement. Coleen soupira. Encore un qui n'était pas intéressant.
Le regard de Coleen quitta l'étranger pour se poser un instant sur Lain. Il était clair qu'il se méfiait autant qu'elle, mais il tentait au moins de faire bonne figure, lui. Mais quel intérêt y avait-il à montrer une fausse idée de ce que l'on ressent ? Coleen avait toujours agi ainsi et elle n'était pas prête à changer quoi que ce soit. Au moins le précepteur savait à quoi s'en tenir avec elle.
Lorsque Lain posa sa main sur sa tête, intimant l'ordre à Belig et elle-même de sortir de la conversation, Coleen posa son regard violet sur Belig, prête à la suivre si elle exécutait les ordres de son frère. Mais celle-ci, sur le moment, semblait ailleurs. Coleen avait déjà vu Belig dans cet état, ça ne durait généralement pas longtemps mais elle n'aimait pas ça. Elle l'invita à la suivre vers le jardin, ce qu'elle fit en commençant à marcher à ses côtés.
[Jardin - Grande Allée] _________________
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|  | | Lain Chattan Résident

Inscrit le : 28 Juin 2005 Messages : 129 : Admin
| Sujet: Re: L'Allée Mar 16 Aoû - 19:05 | |
| Lain détourna son regard de la jeune femme et de l'enfant qui s'éloignaient. Un feu d'alarme s'était embrasé dans son esprit quand il avait ressenti l'âme de Belig verrouiller ses portes. L'avait-elle fait sciemment, l'empêchant de lire à travers elle ? Il inclina la tête, un peu désarçonné et ses paupières battirent lentement. Elle ne faisait pas cela, ne devait pas le faire jamais. Et pourtant ça n'était pas la première fois qu'elle élevait un mur entre eux. Les images du passé tissaient à présent une toile dans son esprit et il dut lutter contre l'opacité qu'il sentait s'étendre entre lui et la réalité du moment. Il devait se reprendre ou son trouble serait visible.
Il ne s'agissait pas non plus d'inquieter Coleen par une attitude que l'enfant ne pouvait comprendre. Le sentiment désagréable se dissipa quand il focalisa son attention sur la petite. Il avait surpris son regard d'améthyste si pur se faire interrogatif et avait sourit intérieurement à l'hostilité non dissimulée qu'elle éprouvait à l'encontre du précepteur. Sa confiance était difficile à mériter et en ceci elle était proche, terriblement proche de lui. Et il aimait cela.
Il releva le menton et un sourire étira ses lèvres pales sans toutefois atteindre ses yeux. D'un graçieux geste de la main il désigna l'allée à l'étranger, l'enjoignant à l'accompagner pour une courte promenade.
"Et bien Monsieur McKinnon, marchons voulez vous."
Il fit quelques pas en silence, laissant sa longue démarche souple rythmer leur flânerie. Il prit conscience que depuis un moment déjà, les oiseaux qui pépiaient alentours s'étaient tus et que l'atmosphère du jardin était devenue plus pesante. Cela n'avait pourtant pas coïncidé avec l'intrusion du jeune homme brun. C'était arrivé aprés. Son regard tomba sur le bouquet de roses flétries dont les pétales épars jonchaient le sol au pied du banc. Déliquescence.
Il tourna les yeux vers l'étranger et sa voix calme reprit.
"Ainsi donc, c'est par hasard que vous vous trouvez parmi nous. J'ai l'impudence de ne pas croire au hasard, je pense que chaque chose est écrite qui peut être changée. Mais les coïncidences.."
Il sourit à nouveau.
"Vous cherchez un emploi, disiez-vous. Il se trouve que l'enfant que vous avez vu plus tôt a besoin de l'enseignement d'un précepteur. N'est-ce pas amusant ? Il va sans dire que je ne vous propose pas la place, Monsieur McKinnon. J'ai pour cette jeune personne certaines aspirations qui requierent une éducation parfaite, et non pas les leçons d'un professeur de campagne qui se laisse aller à la curiosité jusqu'à pénêtrer chez les gens sans y être convié. Mais j'imagine que vous comprenez celà." _________________
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|  | | Duncan M Invité
| Sujet: Re: L'Allée Jeu 18 Aoû - 16:25 | |
| Calquant son pas sur celui de son interlocuteur, Duncan le suivit à travers le jardin. Le discours qu’on lui tint fut d’abord fort singulier. La superstition et la religion étaient des sujets contradictoires mais qui étaient pourtant fortement présents dans l’imaginaire écossais. On pouvait même dire qu’aux yeux de plusieurs, la religion était superstition ou, au moins, l’avait engendrée. N’en était-il pas moins que les paroles de Lain auraient pu en choquer plusieurs de par leur caractère presque blasphémateur. On prenait très au sérieux malédictions, spectres et autres fariboles dans la région. De tels propos contrastaient fortement avec la croyance populaire.
Si son hôte n’avait aucune réserve quant à exposer ses convictions, Duncan différait de lui. Il avait appris que taire son scepticisme face à plusieurs questions était des plus sages. Il fit tout de même écho à l’homme aux yeux clairs, comme ses propres pensées étaient à l’unisson avec les siennes :
« Le hasard, Monsieur? »
Une lueur fugace luit dans son regard avant de disparaître presque immédiatement. L’art de plier le cours du temps à sa volonté, c’était ça le hasard. Faire apparaître un geste comme tout à fait fortuit ; une parole comme accidentelle ; une chute, malencontreuse ; là résidait le véritable hasard, celui avec qui jonglaient ceux qui jouaient à la Providence.
« Je me range de votre avis, Monsieur. Le hasard est une notion abstraire inventée pour excuser nos erreurs. Aussi désordonnés puissent-ils paraître au premier abord, à la fin, tous les événement s’emboîtent les uns dans les autres former un tout qu’on n’aurait jamais pu imaginer au départ. »
Puis, les paroles du dénommé Lain prirent une tournure moins agréable aux oreilles du jeune pédagogue. Ses oreilles rougirent aux « professeur de campagne », ce qu’on aurait pu prendre pour de la timidité. S’il eut été un faux gentleman prompt à oublier ses manières ou homme à agir lorsqu’on blessait son ego, ou encore, s’il eut été un parfait imbécile, Duncan aurait sans doute vertement répliqué à ce Lain Chattan.
Mais, n’étant possesseur d’aucun des trois caractères mentionnés ci-haut, le jeune homme piétina son orgueil et contenta de répondre de sa voix soyeuse :
« Je comprends parfaitement, Monsieur. »
Répondre autrement que par la passivité aurait été futile. Cela ne lui aurait apporté, tout au plus, que l’éphémère satisfaction de ne pas s’être laissé marcher sur les pieds. Mais, de par expérience, le précepteur savait très bien que si, pour l’instant, il battait en retraite, il obtiendrait plus tard sa revanche sur l’homme aux cheveux pâles. Tout n’était qu’une question de temps. Et ici, au manoir, même le temps semblait être altéré et ce, à son plus grand avantage. En optant pour la docilité, Duncan démontrait qu’il savait où était sa place dans la hiérarchie tout comme il évitait d’insulter ce Lain par des paroles qu’il regretterait par la suite. Si ce n’était pas exactement le moyen de lui démontrer sa force de caractère, le jeune instituteur aurait au moins le mérite de n’avoir en aucun cas transgressé les règles de bienséance, même sous provocation, et d’avoir respecté l’homme qui pourrait devenir son employeur.
Après une pause, Duncan énonça de sa voix veloutée :
« Je n’ai jamais eu la prétention de devenir précepteur de la jeune fille qui était présente quelques instants plus tôt, Monsieur. Même si, bien sûr, un poste ici m’aurait fort intéressé, je comprends que vous ne souhaitiez pas remettre l’éducation de cette jeune personne entre les mains d’un inconnu, qui plus est, un inconnu s’aventurant sur des terres qui n’auraient dû être foulées par son pied. »
Il semblait véritablement contrit, la tête inclinée vers le sol, comme s’il s’attendait à recevoir un coup de savate. Il finit par lever des yeux remplis d’espoir sur Lain :
« Mais si Monsieur souhaite reconsidérer sa décision, je peux lui montrer mes références. »
Il s’empressa aussitôt de détourner le regard, comme s’il était gêné par ce soudain éclat. Il se reprit d’un ton plus sourd :
« Ce n’est bien sûr qu’une suggestion que je me permets, bien insolemment, de faire à Monsieur. Il serait tout à fait en droit, même que ce serait peut-être plus avisé, de la refuser. » |
|  | | Lain Chattan Résident

Inscrit le : 28 Juin 2005 Messages : 129 : Admin
| Sujet: Re: L'Allée Jeu 18 Aoû - 21:14 | |
| Lain s'arrêta et fixa son regard sur le visage baissé du jeune homme.
"Je vous prierais, si vous souhaitez que je reconsidère mon jugement, d'adopter une attitude moins emprunte de comédie. Cette moue de contrition vous sied à merveille, mais je préfère quant à moi une figure à l'expression franche."
Il sourit pour démentir la dureté de ses paroles et reprit de sa voix calme.
"Vos références ne me seraient d'aucune utilité. Mais.. pratiquez vous un quelconque instrument de musique ? Cette question peut vous paraître totalement futile mais je considére les arts au dessus de beaucoup d'autres choses."
Il renversa un peu la tête, offrant son visage pâle aux rayons du soleil filtrés par les larges feuilles du sorbier sous lequel ils se trouvaient à présent. Ses narines frémirent imperceptiblement et ses yeux s'étirèrent de plaisir.
"Dieu que l'hiver est long par ici, le moindre ensoleillement est un miel pour lequel je me damnerai encore."
Se reprenant, son regard limpide revint sur l'homme brun.
"Si vous me racontiez un peu plus avant votre parcours, je pourrais peut être.. vous permettre de parler à Coleen. Car il va sans dire que lui plaire sera le plus difficile." _________________
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|  | | Duncan M Invité
| Sujet: Re: L'Allée Ven 19 Aoû - 5:32 | |
| C’est avec impatience que Duncan attendait le verdict de Lain. Lorsque celui-ci tomba, le jeune homme se trouva, à son grand dam, des plus décontenancés. Il avait pourtant usé de son meilleur numéro, celui qui avait fait céder tous ses interlocuteurs. Comment résister à son visage triste, se trouvant encore plus adouci par ses airs de chiot battu? S’il se garda bien de dire quoique ce soit concernant la comédie qu’il jouait, il ne put s’empêcher de répondre au ‘compliment’ que lui fit Lain sur sa moue de contrition, avec un sourire espiègle, que certains auraient qualifié de coquin :
« Mais c’est exactement pourquoi je l’emploie, Monsieur. Il me faut savoir plaire de mon mieux puisque je ne suis qu’un simple professeur de campagne. »
Il avait appuyé sur le titre, ses yeux pétillant de malice, reprenant les propres paroles de l’homme, quelques instants plus tôt. C’était là le véritable Duncan McKinnon. Il avait obtempéré à la demande de Lain de se montrer sous son vrai jour, mais la chose ne dura qu’un instant. Il fit disparaître l’étincelle dans son regard, mais conserva son sourire, signe qu’il n’acceptait qu’en partie de dévoiler sa personne. Il ne se rendait pas aussi facilement, aussi sagace l'homme en face de lui puisse-t-il être.
Le jeune homme fut surpris par la question qu’on lui posa, car c’était bien la première fois où il rencontrait quelqu’un qui attachait plus d’importance à ses compétences musicales qu’au fait qu’il ait fréquenté Eton, Oxford ou Cambridge. Encore une fois, le mystérieux Lain se montrait hors norme, de par sa perspicacité, ses idées et le fait qu’il ait réussi à l’étonner à deux reprises. Le jeune précepteur se doutait déjà qu’il était loin d’être au bout de ses surprises et que le manoir tout comme ses habitants recelaient de bien d’autres trouvailles et secrets.
« Bien que je vous avouerai avoir d’abord été étonné par votre question, je vous assure que je ne la juge nullement futile. Les Anciens Grecs n’incluaient-ils pas l’apprentissage d’un instrument dans leur éducation? Et pour répondre à votre interrogation, je joue le violon et le piano. Je n’ai malheureusement pas mes propres instruments avec moi - vous conviendrez qu’un piano est assez difficile à transporter – dans le cas contraire, c’est avec plaisir que je vous en aurai fait une modeste démonstration… »
Duncan allait poursuivre, mais préféra se taire pour admirer le visage découvert de Lain. Son regard sombre s’attarda sur la courbe gracieuse de sa gorge blanche, ses lèvres, ses yeux élargis… Il but un instant à cette vision à couper le souffle, jusqu’à ce que l’objet de sa contemplation reprenne contenance et brise le charme en prenant la parole. L’instituteur fut de nouveau pris de court. Il papillota des paupières comme si la lumière l’avait aveuglé avant de sourire avec une gêne véritable. Décidément, ce Lain Chattan était exceptionnel par bien des façons...
« Pardonnez-moi. Je crois que… le beau temps me fait forte impression à moi aussi. »
Il caressa doucement sa barbe, méditant sur la manière de présenter son histoire. En cours de route, il avait préparé d’avance un récit relativement simple qui lui éviterait toute future interrogation et qui emballerait l’imaginaire des plus romanesques. Il s’était parfaitement représenté la scène : de jeunes demoiselles lui auraient lancé des regards de biais essayant de percer les mystères de son passé, sans doute sombre et tourmenté. Malheureusement, Duncan pressentait qu’une telle histoire ne satisferait pas la curiosité de Lain et qu’il lui faudrait s’approcher de la vérité. Ou plutôt, la vérité reconnue par tous, pas la sienne.
« Comment exposer la situation… »
Duncan poussa un léger soupir.
« Pour être franc, j’ai fui mon Edinburgh natal à la perte d’un être cher. Je croyais que la distance combinée au temps arriverait à étouffer ma peine. »
Il rit doucement, bien qu’une note de désabusement perçait dans sa voix.
« Il semblerait que j’ai eu tort. »
C’était la vérité, n’est-ce pas? |
|  | | Lain Chattan Résident

Inscrit le : 28 Juin 2005 Messages : 129 : Admin
| Sujet: Re: L'Allée Ven 19 Aoû - 19:06 | |
| Lain écouta le jeune précepteur exposer briévement les quelques informations sans réel intéret qu'il lui avait demandées. Il était beaucoup plus plaisant à entendre à présent que le rôle semblait moins écrit, moins joué. Un sourire vague flotta un instant sur le visage de l'homme pâle et il désigna la maison d'un geste fluide.
"Nous avons ce qu'il faut comme instruments de musique. Coleen pratique le piano depuis son plus jeune âge et est à ce qu'il me semble plutôt douée pour une si petite enfant. Son ancien précepteur, Dieu ait son âme.. ou pas.. le cher homme, n'était hélas pas d'un grand talent. Pour ne rien vous cacher, l'enfant ne l'appréciait guère. Il trouva une fin tout à fait grotesque en se noyant dans son potage.. la mort est la plus jolie des espiègleries. Et la plus drôle aussi.. N'est-ce pas votre avis ?"
Son sourire s'élargit tandis que ses yeux de glace fouillaient le regard brun du jeune homme. Les images tournèrent à nouveau, écho de lieux inconnus, rires, cris et larmes. Lain eut un geste de la main, comme pour chasser un insecte importun et reprit.
"Peut-être pour vous donner un aperçu des conditions de travail dans lesquelles un précepteur officie dans cette maison, seriez vous intéressé de visiter la bibliothèque ? Nous possédons à peu prés tout ce qu'il s'est publié d'intéressant jusqu'à ce jour. Bien entendu ceci nécessite d'entrer dans la maison.."
Il inclina la tête, laissant son regard glisser sur les lèvres de son interlocuteur.
[Bibliothèque] _________________
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|  | | Duncan M Invité
| Sujet: Re: L'Allée Sam 20 Aoû - 4:16 | |
| Un sourire ravi vint immédiatement aux lèvres de Duncan lorsqu’il apprit qu’il aurait peut-être à sa disposition des instruments. Ce ‘peut-être’ bien conditionnel subsistait il n’avait toujours pas reçu la confirmation claire qu’il était embauché au manoir, mais il n’en attendait pas moins de la part du sibyllin Lain Chattan. Outre son désir de rester éloigné d’Edinburgh pour un certain temps, plusieurs raisons poussaient le jeune homme à obtenir une place au manoir. Le mystère qui entourait la demeure, d’abord ; ses habitants hors du commun de par bien des manières (auxquelles la beauté n’était pas étrangère) ; son besoin de meubler son temps… et si, en plus, on lui permettait de jouer de temps à autre.
La musique était la forme d’art qu’il préférait, encore plus que la littérature, parce qu’elle lui permettait d’être lui-même sans fard, ni artifice. La prose comme la poésie étaient composées de mots compréhensibles au monde extérieur, chose qu’il n’admettait pas. On pouvait utiliser autant de métaphores possibles pour couvrir son véritable message, les gens arriveraient toujours à les décrypter. La musique était différente, c’était une façon de s’exprimer qui arrivait à transmettre autant d’émotions sans toutefois que nul autre que l’interprète lui-même ne puisse les capter dans leur intégralité. Cela, il ne l’avait bien sûr jamais dit à voix haute. Il avait composé nombre de poèmes ou rédigé des textes afin de détourner l’attention des autres sur sa musique, cet art qu’il n’avait voulu exposer au monde, au même titre que jamais il n’avait montré son vrai visage.
« Je suis heureux de l’apprendre, Monsieur. Rien n’est plus enrichissant pour un enfant que d’étudier la musique. Bien sûr, peu importe son talent, son instruction sera considérablement ralentie par un professeur plus ou moins capable… »
Le jeune instituteur releva un sourcil en entendant le « ou pas » de Lain. Il n’était pas mécontent d’apprendre que son prédécesseur n’avait pas connu de succès auprès de son élève… comme de l’homme aux cheveux pâles, à en juger par son commentaire. La tâche lui serait peut-être rendue plus facile, les exigences seraient moins hautes. Ou, au contraire, seraient plus élevées afin qu’une deuxième erreur ne se reproduise pas.
Duncan ne put réprimer le rire naissant dans sa gorge lorsqu’il sut comment était décédé le précédent précepteur. Il trouvait cette fin véritablement drôle, malgré le morbide de la situation. Il hocha la tête pour signifier son acquiescement :
« Sans aucun doute, Monsieur. Les gens prennent la Mort avec une tel sérieux. C’est probablement pourquoi elle aime tant se jouer d’eux et elle le fait avec finesse. »
Comme pour Coleen, le jeune homme affronta le regard pâle fixé sur lui avec confiance, bien que cette fois-ci, il s’inquiéta légèrement plus de ce que Lain put y voir. Il fut ensuite invité à visiter la bibliothèque. Mu par une soudaine impulsion, il leva les yeux sur le manoir. Il fut parcouru par un frisson, qu’il attribua au vent qui s’était levé. Tournant la tête vers son interlocuteur, Duncan répondit avec précipitation :
« Je suis à vous, Monsieur… oh… je veux dire, je vous suis. »
Une note dans son ton donnait l’impression que son petit lapsus n’était pas aussi accidentel que le montraient ses joues où s’était diffusé une légère rougeur.
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